Il y avait autrefois à l’entrée de certains villages un panonceau en forme de croix sur lequel était indiqué l’horaire des messes du dimanche. Ce panonceau qui a partout disparu, notamment parce que les messes ne sont plus célébrées de façon régulière, a été remplacé par quantité d’autres panonceaux qui souvent se succèdent le long des routes pour annoncer toutes sortes d’événements : concerts, spectacles, marchés, foires, expositions, repas, marches, courses, lotos, théâtres…
On s’étonne que les messes du dimanche ne soient plus fréquentées comme elles l’étaient dans le passé, mais est ce vraiment si étonnant ? Alors que la messe, le dimanche matin, était l’unique proposition, et qu’il n’était réservé qu’à elle, elle se trouve aujourd’hui en concurrence avec nombre d’autres propositions, si bien qu’on a le choix entre se rendre à la messe ou à l’un de ces multiples événements, entre lesquels on a même peine à choisir, bien plus distrayants, reconnaissons le, que la messe qui apparaît à beaucoup répétitive et monotone, et même sans intérêt.
La messe du dimanche était autrefois le moment où tout un village (ou presque) se retrouvait, ceux qui avaient une foi réelle et profonde, et ceux qui croyaient par tradition. Elle ne concerne plus aujourd’hui que ceux qui sont convaincus que la foi n’est pas accessoire, mais qu’elle est un appui, une force et une boussole pour leur vie. Le fait que tous ces événements qui ont lieu en même temps que la messe aient autant de succès révèle que la foi n’a plus guère d’importance pour bien des personnes qui estiment vivre tout aussi bien sans elle.
Que la foi ait un sens pour nous, et donc la messe surtout du dimanche où la foi se nourrit et se consolide, ou qu’on s’en soit éloigné peu à peu au point que la foi et la messe ne signifient plus grand chose, on peut se laisser interpeller par l’invitation du pape Léon XIV, lors de son récent voyage en France, à sonder notre cœur : quelle est notre soif la plus profonde, a-t-il demandé ? Que cherchons nous vraiment dans la vie ? Nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons nous à étancher notre soif ?
Nous contentons nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles, mais laissent notre cœur vide? Baptisés, nous avons reçu l’eau vive dont parle l’Évangile, mais avons nous vraiment rencontré le Christ personnellement ?
Voilà une question fondamentale à laquelle finalement le pape a invité chacun à réfléchir, que sa foi soit vivante ou qu’elle soit endormie, que sa visite l’ait enthousiasmé ou non, parce que personne ne peut l’esquiver : à quelle source est-ce que je cherche à étancher ma soif ? Et si je suis allé à la source d’eau vive, est-ce que j’ai vraiment rencontré le Christ personnellement ?
Le panonceau qui indiquait l’horaire des messes indiquait en réalité plus que cela. Il indiquait la source, la seule qui soit capable d’étancher notre soif. Les panonceaux qui annoncent toutes sortes d’événements, les uns plus divertissants que les autres, même s’ils favorisent la rencontre, la convivialité, l’entraide, risquent de n’être que des satisfactions immédiates qui une fois passées laissent notre cœur vide.
Si Dieu n’est pas avec lui, a dit le pape aux jeunes réunis au Stade de France, l’homme n’a plus de salut et perd le sens de son existence, qui se réduit à une impasse ou au néant. En revanche, dans le Christ, il fait exactement l’expérience du contraire. Dans le Christ, Dieu se laisse trouver en s’adressant aux hommes comme à des amis. Il est la source d’eau vive, la lumière dans les ténèbres.
Sur quel panonceau alors allons-nous nous guider ?